Quitter son entreprise

Vous démissionnez ?  Quel que soit les modalités de départ, sachez que le monde est petit : votre image vous suivra partout où vous irez. Pour garantir l’avenir, soignez votre envol.

Difficile, aujourd’hui, d’imaginer mener toute sa carrière dans une seule entreprise. Il n’empêche : se résoudre à partir n’est pas une décision anodine. Et, une fois qu’on l’a prise, pas question de s’éclipser comme un voleur. Avant de quitter son poste de directrice de clientèle d’une agence de design parisienne, Elise reconnaît avoir tergiversé pendant des semaines : «J’appréhendais le moment où j’allais informer ma chef de ma démission : une collègue venait déjà de quitter le navire et une autre était en congé maternité. Du coup, à force de repousser l’échéance, je suis partie dans la précipitation et ma supérieure m’en a voulu.»

Appliquer la politique de la terre brûlée est une erreur, car on ne sait jamais de quoi l’avenir sera fait. Un jour ou l’autre, nous pouvons tous avoir besoin d’une recommandation de notre ancien patron. Il arrive aussi fréquemment qu’on croise d’anciens collaborateurs ou des clients devenus prestataires. Annoncer son départ dans les règles, gérer au mieux la période de transition, réussir le rituel du pot d’adieu… pour bien orchestrer votre sortie, vous ne devez négliger aucune de ces étapes.

Adoptez un timing différent avec votre chef et vos équipes

Il est impensable que votre chef apprenne votre décision en écoutant radio moquette, la station des bruits de couloirs. Evitez, donc, de vous épancher auprès de vos collègues, même ceux dont vous êtes proche. Ces confidences sont en effet de celles qui se répandent le plus vite…

Pour que votre supérieur direct ne se sente pas trahi, donnez-lui la priorité. «Ma chef étant en vacances, j’ai fait l’erreur d’annoncer mon départ à mon N + 2, raconte Jade, chargée de formation dans un grand groupe de restauration. Quand mon N + 1 est rentrée, elle l’a très mal pris et ne m’a pas fait de cadeau durant mon préavis.» Par délicatesse à l’égard de votre supérieur, convenez d’un vrai rendez-vous en tête à tête, porte close, pour être certain de ne pas être dérangé.

Avec vos équipes en revanche, le calendrier n’est pas le même. Votre annonce faite, votre autorité et votre influence vont considérablement se réduire, et cela dans les heures qui suivent. Mieux vaut donc attendre le dernier moment, quelques jours seulement avant votre départ. Sauf, bien sûr, s’il s’agit d’une équipe réduite, composée de personnes de confiance avec lesquelles vous entretenez depuis longtemps un lien privilégié. Dans ce cas, si la situation le permet, il convient de prévenir les intéressés plusieurs semaines à l’avance.

Rassurez votre supérieur sur les motifs de votre décision

Pour un manager, une démission est toujours une mauvaise nouvelle. Il devra recruter quelqu’un d’autre, le former… et pourra aussi se sentir remis en question dans son management. Or, un patron blessé est un patron qui peut devenir dangereux. Soyez diplomate et ménagez-le. Si vous avez eu des divergences, sachez que l’heure n’est plus aux règlements de comptes. Mettez-le plutôt en valeur en dressant un bilan positif de ces années à son contact, de l’expérience que vous avez acquise dans le poste. Décrivez les missions qui vous ont donné le plus de satisfaction…

Expliquez qu’il ne s’agit pas d’une initiative dirigée contre lui, mais d’une étape dans votre vie professionnelle, d’une opportunité que vous ne pouviez refuser (vous allez piloter une équipe plus importante, travailler davantage à l’étranger…) et que votre choix est mûrement réfléchi. Cette dernière précision est une manière de lui indiquer avec tact que vous ne cherchez aucunement à déclencher de surenchère ou un mar-chandage de dernière heure.

Comment réagir si votre supérieur vous interroge sur votre futur employeur ?

A ce stade, et en particulier si vous partez à la concurrence, vous devez refuser de lui donner des noms. Répondez simplement : «Pour des raisons de management interne, ma nomination doit demeurer secrète jusqu’à mon arrivée.» En revanche, s’il vous interroge sur votre futur salaire – et que ce dernier est supérieur à votre rémunération présente – n’hésitez pas à le lui communiquer : faire prendre conscience à votre employeur que sa politique salariale n’est pas à la hauteur est un service que vous rendez à vos collaborateurs. Mais attention : ne lui laissez pas croire pour autant qu’il s’agit là de l’unique motif de votre démission.

Restez mobilisé pour laisser le souvenir d’un manager rigoureux

Même si vous avez l’impression d’avoir déjà un pied dehors, concentrez-vous sur votre travail jusqu’au dernier jour. Une réputation est longue à acquérir et se ternit vite. Même après des années de bons et loyaux services, vous risquez de laisser l’image d’une personne peu rigoureuse. Ce n’est certes pas le moment de vous lancer dans une grande réorganisation, mais continuez de traiter consciencieusement les affaires courantes. Demandez aussi à votre boss ce qu’il attend de vous. Devez-vous continuer à aller aux réunions stratégiques ? Quelle est la marche à suivre avec vos clients et vos fournisseurs ? A quel moment préfère-t-il que vous leur annonciez votre départ ? Et de quelle manière ? Mais conservez une marge de manœuvre. Vous aurez besoin de garder des liens avec certaines de vos relations : prenez le temps de les voir en tête à tête et proposez-leur de rester en contact.

Soignez le passage de relais, vous avez tout à y gagner

Bien que le code du travail ne prévoie pas de durée précise pour le préavis, la plupart des conventions collectives l’établissent à trois mois pour les cadres. Vous voulez le raccourcir ? Cela se négocie, à condition de prendre les dispositions nécessaires pour ne pas perturber la bonne marche du service. L’une des façons de partir plus vite consiste à trouver vous-même votre successeur.

Si ce dernier rejoint l’entreprise avant votre départ, profitez-en pour marquer des points en soignant le passage de relais. Expliquez-lui ce qu’on attend de lui, comment s’organisent les journées, quels sont les objectifs du service, les dossiers prioritaires, les premières décisions à prendre… Et s’il le souhaite, faites avec lui la tournée des principaux clients. Mais surtout, gardez-vous de lui imposer votre mode de fonctionnement : c’est à lui de prendre les commandes.

Votre successeur n’arrivera qu’après votre départ ? Ce n’est pas une raison pour vous défiler. Laissez-lui des notes claires sur les procédures à suivre, les personnes à contacter en cas de problème, ainsi qu’un brief complet sur chaque dossier.

Trouvez les mots justes pour votre discours d’adieu

Le jour J approche ? Envoyez un e-mail à toute la société. En évitant la grandiloquence, revenez sur les années passées, sur ce qu’elles vous ont apporté… Quelques lignes sincères suffiront. Et adressez un message un peu plus personnalisé à votre chef et à vos proches collaborateurs.

Même si l’idée de faire un pot de départ vous barbe, il est essentiel de respecter cet usage. A priori, vous devez inviter tous vos collègues. Si les relations ont été tendues avec certains, essayez de tirer un trait sur le ressentiment. Et si, décidément, la perspective de voir alliés et anciens ennemis réunis vous met trop mal à l’aise, optez pour un pot en petit comité, à l’extérieur. «J’étais en froid avec certains collègues et cela me paraissait hypocrite de les inviter, raconte Marc, consultant en RH. Alors, j’ai fait mes adieux à ceux que j’appréciais dans un bar, à côté du bureau.» Pour le discours, faites sobre et court. Mais sans oublier de glisser un mot de remerciement pour l’équipe. Et laissez vos coordonnées, en précisant que vous restez disponible, en cas de besoin. Cela finira de parfaire votre image.