Le coaching en quête d’un statut européen ?

Nouvelle offensive du coaching, jeune profession toujours en quête de lettres de noblesse. Cette fois, c’est au niveau européen que l’European Mentoring & Coaching Council (EMCC) et l’International Coach Federation (ICF) ont choisi de frapper.

Ils viennent de déposer auprès des autorités de Bruxelles un code de conduite valable aussi bien pour les professionnels, pris individuellement, que pour les fédérations et regroupements nationaux. Le Tchèque Petr Necas, président de l’EMCC, rêve de faire de ce code – version améliorée de la charte éthique propre à son organisation – « la référence du métier », une fois revêtu du cachet de la Commission. « Compte tenu de l’essor exceptionnel que connaissent les métiers du coaching et du mentorat ces dix dernières années, les associations professionnelles sont conscientes de la nécessité de définir des repères sous forme de bonnes pratiques et d’évoluer vers l’autorégulation », observe l’EMCC.

Accessoirement, insiste l’organisation, la démarche viserait à « renforcer la confiance du public, car ces métiers contribuent au développement professionnel et personnel, ce qui bénéficie à la société dans son ensemble ». Les principales exigences du texte ? La preuve d’une compétence en matière d’accompagnement, des sessions de formation régulières et le respect des normes éthiques, sous peine de sanction. Voilà qui ressemble à un « ordre des coachs ». Alors que les instances européennes n’ont pas encore donné suite, le scepticisme se manifeste au sein de la corporation.

Il est vrai qu’en France le secteur a la particularité de compter quatre organismes représentatifs, tous jaloux de leurs indépendance, spécificité et modes d’homologation. Outre ICF France (500 adhérents), présidée par Sylvie Mattera, coexistent la Fédération francophone de coachs professionnels (FFC Pro) et la Société française de coaching, alias SF Coach, emmenée par Pascal Domont. S’y ajoute la commission coaching créée au sein de Syntec Conseil en évolution professionnelle, propre aux cabinets conseil en RH, animée par Sylvie de Frémicourt.

Avec un haussement d’épaule, Valérie Moissonnier, secrétaire générale de la FFC Pro, s’interroge sur l’intérêt de l’initiative défendue par EMCC. « Le coaching étant une prestation de proximité, son encadrement ne peut être que national. Un ’cachet“ européen n’aurait d’autre intérêt que celui de la communication », lâche-t-elle. Sa référence reste la certification ISO 17024, opérationnelle depuis 2007, sous le contrôle de l’Afaq-Afnor. De son côté, Syntec s’en tient à sa propre charte du coaching et à son processus d’habilitation. Recommandée mais non obligatoire, elle a déjà été attribuée à 17 adhérents sur 22. On imagine le travail de titan que nécessiterait l’élaboration d’une charte à l’échelle de 27 États.

Gestion Sociale, n°1699, 14/07/2011